Rapport annuel
2020

Des acteurs
engagés

Au fil des années, la plateforme Duralim s’est renforcée en réunissant une multiplicité d’acteurs autour d’un objectif fort : améliorer toujours plus la durabilité de l’alimentation des animaux d’élevage. La pluralité des stratégies individuelles et des actions collectives est aujourd’hui une véritable force pour faire avancer les réflexions et les travaux au sein de la plateforme.

Duralim, une diversité d’acteurs engagés

Chaque année, la plateforme compte de nouveaux membres, collaborant ainsi aux discussions qui l’animent et aux travaux collectifs.

Cette multiplicité d’acteurs donne à Duralim une capacité d’analyse approfondie des différents enjeux inhérents à la durabilité de l’alimentation animale, tant sur l’amont que sur l’aval des filières.

Les actions individuelles nourrissent les réflexions collectives pour permettre aux membres de Duralim de construire, ensemble, des solutions pérennes aux questions inhérentes à la durabilité de l’alimentation animale.

Duralim, un engagement collectif pour la durabilité de l’alimentation animale

En janvier 2018, les membres de Duralim se sont engagés pour la durabilité de leurs approvisionnements en matières premières françaises et importées. Leur ambition est d’atteindre, au plus tard en 2025, 100% d’approvisionnements durables avec un objectif zéro déforestation.

Répondre à l’objectif « zéro déforestation » implique, à l’échelle française, d’agir sur deux leviers complémentaires.

Tout d’abord, il s’agit de promouvoir le développement des cultures de matières premières riches en protéines au niveau national afin d’améliorer la disponibilité en protéines locales pour l’alimentation animale. Toutefois, cette évolution sera progressive, tout comme ses répercussions, et les perspectives envisagées aujourd’hui ne démontrent pas une capacité de nos territoires à couvrir 100% des besoins de l’élevage français en protéines.

Les importations de matières premières riches en protéines resteront donc une nécessité, et un second levier apparaît clairement : veiller à la durabilité de nos matières premières d’importation et, plus particulièrement, au caractère non déforestant du soja.

Les travaux menés par la plateforme montrent que la solution à construire doit être européenne pour infléchir efficacement l’impact sur la déforestation des chaînes d’approvisionnements, limiter les surcoûts et éviter toute distorsion de concurrence entre les différents Etats membres. Dans ce contexte, la plateforme Duralim participe aux travaux européens d’alignement des différentes stratégies nationales pour une politique soja harmonisée.

Duralim, voie de communication sur la durabilité des filières françaises de matières premières et ingrédients pour l’alimentation animale

Des matières premières végétales françaises durables

La durabilité des productions végétales est étudiée depuis plusieurs années et fait partie intégrante des enjeux prioritaires de ces filières. En effet, les plans de filières céréalières et oléo-protéagineux, en réponse à la loi Egalim, sont grandement orientés sur des démarches de développement durable ambitieuses. Ces filières abordent leurs enjeux de durabilité par le développement de parcours culturaux plus respectueux de l’environnement intégrant la performance économique des exploitations. Elles s’inscrivent également dans des démarches d’économie circulaire par la valorisation des coproduits de transformation, principalement en alimentation animale et par le recyclage des déchets. Les producteurs sont accompagnés dans l’ensemble de leurs démarches par leurs négociants et coopératives ; les conseils agronomiques prodigués assurent le respect des exigences et permettent de répondre aux attentes des opérateurs de l’aval et, plus globalement, aux attentes sociétales.

Se mettent en place des dispositifs mutualisés et des schémas de certification permettant d’attester et de valoriser les productions durables, et par ce biais de développer et promouvoir des itinéraires culturaux favorisant le plus la durabilité. L’existence de ces dispositifs permet aux premiers transformateurs de matières premières, aux fabricants d’aliments pour animaux et aux éleveurs de faire des choix raisonnés en termes de durabilité de leurs achats de matières premières végétales. Vous trouverez ci-dessous quelques exemples.

Une utilisation en baisse des phytosanitaires

Dans un cadre réglementaire européen strict et interdisant de plus en plus de molécules phytosanitaires, la France s’inscrit depuis plusieurs années dans une dynamique de diminution d’utilisation de ces produits, notamment avec le plan Ecophyto II. Des dispositifs, comme le réseau Ferme DEPHY et le Contrat de Solution, ont pour finalité de tester, de valoriser et de déployer les techniques et systèmes agricoles visant à réduire l’usage et l’impact des produits phytosanitaires, tout en développant des techniques alternatives économiquement, environnementalement et socialement performantes. Les pratiques agronomiques, le recours aux solutions de biocontrôle, l’amélioration des plantes, l’agriculture de précision et la robotique et agroéquipement sont tout autant de pistes de solutions.

Des exploitations agricoles respectueuses de l’environnement

La certification environnementale des exploitations agricoles » répond au besoin de reconnaître les exploitations engagées dans des démarches particulièrement respectueuses de l’environnement. Cette certification met en valeur la diversité des pratiques culturales et leurs bienfaits, que ce soit dans le maintien de la biodiversité ou la réduction de l'usage ou de l’impact des produits phytosanitaires. Cette certification à 3 niveaux, allant du respect des pratiques essentielles de la réglementation environnementale (niveau 1), aux exploitations mettant en œuvre des pratiques leur permettant de réduire leur impact environnemental (niveau 2) jusqu’à celles présentant un haut niveau de biodiversité et un très faible recours aux intrants (niveau 3 ou certification HVE pour « Haute Valeur Environnementale »). Engagées dans une démarche de progrès, les filières végétales accompagnent les producteurs vers cette certification environnementale. La filière céréalière a par exemple pour objectif un engagement fort de l’ensemble des céréaliers dans une démarche de certification environnementale de niveau 2.

Les coopératives et les négociants s’appuient sur le référentiel 2BSvs pour qualifier la durabilité des productions à destination des biocarburants. En 2020, la certification 2BS « valeurs standard » a été complétée par une certification « valeurs réelles » des émissions de gaz à effet de serre (GES), rendant compte des émissions réelles au champ et permettant de valoriser les pratiques culturales les plus vertueuses en termes de réduction d’émissions de GES et de séquestration du carbone dans le sol.

Des productions s’appuyant sur la recherche pour améliorer leur durabilité et leur performance

Les productions végétales françaises s’appuient sur les instituts techniques tels qu’Arvalis et Terres Inovia. L’ambition est de concevoir et tester des stratégies d’innovation dans les systèmes de culture pour concilier la production, la performance économique et le respect de l’environnement.

Une filière engagée dans le recyclage de ses déchets

Une filière nationale de collecte et de traitement des déchets issus de produits de l’agrofourniture a été mise en place permettant aux agriculteurs français de répondre aux enjeux de recyclage des emballages. Les organisateurs de la production agricole, les négociants et les coopératives des productions végétales ont développé un grand nombre de points de collecte, dont ils assurent les permanences. Les filières de productions végétales françaises sont ainsi en pointe en Europe et de fait en avance par rapport à l’obligation réglementaire à venir sur le recyclage des emballages en 2024 (Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire).

Des matières minérales durables : des initiatives en cours au niveau de la profession

Les êtres vivants ont besoin de minéraux (phosphore, calcium, magnésium, sodium…) principalement pour le squelette. Mais ces minéraux ont aussi un rôle essentiel dans le métabolisme à de nombreux niveaux (enzymatique, énergétique, nerveux…). Ils doivent être apportés aux animaux par le biais de l’alimentation. Ces minéraux ne sont pas toujours en quantité suffisante dans les matières premières pour couvrir les besoins des animaux. L’ajout de matières premières minérales dans les rations est donc indispensable.

Des matières premières issues de ressources finies

Les ressources minérales se sont formées au cours des processus géologiques sur des millions voir des milliards d’années. Leurs quantités sont limitées, et dès lors que l’on utilise ces ressources, les stocks diminuent.

Les matières premières minérales puisent dans ce stock non renouvelable, à une exception près : le sel de mer qui jouit d’une ressource renouvelable : l’eau de mer.

La pression exercée sur les roches, qu’elles soient phosphorique, calcaire, magnésienne ou halite, est de plus en plus forte.

L’objectif est désormais de limiter la pression sur ces matières premières, et permettre ainsi d’allonger le temps d’exploitation de ces ressources.

Axes pour contribuer à la durabilité de ces matières premières minérales

Les conditions de production de la matière première

Les infrastructures permettant l’exploitation de ces ressources (mines, carrières ou marais salants) sont soumises à des règlementations strictes. Pour exploiter ces ressources, il est nécessaire de détenir des droits d’exploitation conformes à la réglementation en vigueur.

Pour certaines activités, il peut exister également en complément des chartes de bonnes pratiques en matière de développement durable, incluant par exemple la préservation de la biodiversité, la gestion de l’eau, les conditions de travail, l’intégration dans le paysage, etc.

De plus, les activités de production et de transformation des matières premières minérales contribuent à l’économie locale, notamment en offrant des emplois.

La transformation des matières premières

Après avoir été extraite, la matière première peut subir diverses étapes de transformation qui lui confèrent les propriétés adaptées à une consommation par les animaux.

Afin de réduire les impacts associés à ces activités de transformation, des recherches sont menées par les opérateurs sur leurs procédés de transformation, pour les rendre plus économes en énergie et améliorer leurs bilans environnementaux, mais aussi afin d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles, de réduire la production de déchets ou de développer le recyclage ou la revalorisation des déchets/sous-produits au sein de leurs entreprises.

L’amélioration des produits

En matière de recherche et le développement les fournisseurs travaillent notamment sur les propriétés des matières premières transformées pour améliorer leur biodisponibilité et donc leur utilisation par les animaux d’élevage. La quantité de matières premières minérales nécessaire pour couvrir les besoins des animaux peut également être réduite via la formulation des aliments et l’ajout de certains additifs, comme les améliorateurs de digestibilité (tels que les phytases).

La sensibilisation des acteurs de l’aval est également un pilier important pour orienter les choix de matières premières minérales et raisonner leur utilisation.

Avec une nutrition de précision, un apport moindre de matière première minérale réduit la pression sur ces ressources et conduit également à la réduction des rejets dans l’environnement.

Acides aminés : leur contribution à la durabilité de l’alimentation animale

Les acides aminés sont les constituants des protéines. En France, les acides aminés sont produits par fermentation, ce qui permet de transformer des hydrates de carbone d’origine locale en protéines.

Utiliser les acides aminés en nutrition animale permet d’ajuster l’alimentation des animaux au plus près de leurs besoins nutritionnels, tout en réduisant la teneur en protéines des aliments. Cette meilleure efficacité se traduit par :

  • Une amélioration des performances zootechniques.
  • Une diminution des besoins en matières premières riches en protéines comme le tourteau de soja, qui peut dans certaines régions du Monde être une cause importante de déforestation. Sans l’utilisation d’acides aminés, la France consommerait environ 50% de tourteaux de soja en plus (source : Céréopa, 2019). L’élargissement de la palette d’acides aminés disponibles fait partie des solutions immédiates à disposition des filières animales pour réduire l’empreinte « déforestation » de l’élevage français.
  • Une diminution des rejets azotés en élevage (ammoniac, nitrates). Une baisse d’un point de la teneur en protéines des aliments entraîne une diminution des émissions d’ammoniac de 10% en porcs et 16% en volailles.
  • Une amélioration du bien-être et de la santé des animaux : la baisse de la teneur en protéines dans l’alimentation a notamment un effet positif sur la santé intestinale des animaux et participe à diminuer le besoin de recourir aux antibiotiques.

Duralim, des actions collectives ciblées sur la durabilité du soja en 2020

« Mission Soja – Brésil », une étude menée par la Fondation Earthworm

En septembre 2020, la Fondation Earthworm a présenté, aux membres de Duralim, les travaux réalisés sur 2019 – 2020 et les grands enseignements associés. Les flux de soja arrivant en France ont été évalués en fonction de leur provenance, la répartition des origines portuaires du soja importé par la France depuis le Brésil a été quantifiée et la récurrence des flux a également été étudiée. L’analyse des politiques « durabilité » mises en place par les entreprises d’importation de soja en France a montré qu’il existe une bonne connexion entre les engagements pris et leur implémentation sur le terrain.

Par ailleurs, la Fondation Earthworm a souligné l’alignement actuel de l’approche de Duralim avec les travaux de la Stratégie Nationale de lutte contre la Déforestation Importée (SNDI) : il devra être poursuivi pour assurer la cohérence des avancées de la plateforme au regard des positions prises au sein de la SNDI.

Un rapport de mission a été remis aux membres de la plateforme Duralim, avec l’analyse relative aux flux de soja importé et le décryptage des modalités d’implémentation, sur le terrain, des stratégies « durabilité » des entreprises d’importation. La plateforme Duralim se positionnera sur les actions à mettre en place au regard de ces données en réunion plénière début 2021.

Surcoût d’une alimentation animale durable sur les différents maillons des filières animales

En 2020, une étude sur-mesure a été initiée avec le Céréopa et Abcis afin d’éclairer les filières françaises, à chaque stade de la production, sur l’impact économique d’une alimentation animale intégrant une garantie spécifique sur le critère de durabilité (avec comme critère minimal : la non-déforestation) pour les produits dérivés du soja et du palme.

L’étude s’est attachée à évaluer l’empreinte du soja, du palme et de leurs produits dérivés dans l’alimentation animale française. Elle est aujourd’hui de 3,7% pour les produits issus du soja et de 0,1% pour les produits issus du palme.

L’étude s’est concentrée sur les 6 principales filières animales, comptant à elles seules pour 97% de l’utilisation des matières premières issues du soja et du palme chez les fabricants d’aliments. Il s’agit des vaches laitières, bovins viande, porcs, poulets de chair, dindes, œufs. Deux systèmes de traçabilité du soja et du palme durables ont été retenus : le bilan massique, apportant une garantie de filière, et la ségrégation, séparant complètement les flux. Chacun de ces systèmes a été associé à une prime « durabilité » construite avec les experts des marchés des commodités agricoles : +3,4€/t pour le scénario en bilan massique et +18€/t pour le scénario sous ségrégation.

Le surcoût lié à l’achat de produits issus du palme et du soja « durables » a été évalué, selon les hypothèses retenues, et est compris entre 20 et 70 M€ environ. Le surcoût pour le consommateur est quant à lui compris entre 0,05 cts € et 2,85 cts € en fonction des produits et des scénarios.

L’étude démontre que l’intégration d’un critère « durabilité » a un impact financier réel pour les filières, impact sur lequel les différents maillons sont invités à réfléchir pour ne pas pénaliser les productions françaises. Cet impact, mis en perspective des échanges européens et internationaux de produits animaux, invite également à une stratégie harmonisée au niveau européen.